mercredi 20 mai 2026

Résister, de Salomé Saqué, aux éditions Payot

Ce livre (5 €) explique très bien comment au fil des années les thèmes imposés par l’extrême droite dominent la vie politique et médiatique. Comment les partis auto-déclarés du « camp de la raison » courent après Bardella, Le Pen, Zemmour et autres, devenus au fil du temps des gens respectables. On s’habitue tranquillement aux discours désignant des bouc émissaires. On finit par croire que ce qui nous met en danger, ce sont les classes sociales situées plus bas que la nôtre. Vieille recette pour continuer à faire des affaires entre puissants et s’emparer de tous les biens communs. Dernièrement, le Medef a tranquillement reçu Bardella, sans que ça n’émeuve grand monde… Les affaires sont les affaires et l’histoire a montré de quel côté s’est très vite placé le grand patronat en Allemagne dans les années 30. 

Salomé Saqué évoque les menaces sur les journalistes et militants, montre la mainmise sur les médias, le cinéma et l’édition de milliardaires d’extrême droite comme Bolloré et Sternin, pour ne parler que des plus connus. Elle montre comment des fake-news nauséabondes peuvent être lancées sur certaines chaînes d’infos, sans ne jamais être démenties, ou seulement du bout des lèvres. L’important étant juste que ça distille tranquillement dans l’esprit des gens.

L’extrême droite n’est pas « un truc à essayer ». La Constitution française permet tous les dévoiements et entourloupes pour exercer les pleins pouvoirs sous de multiples prétextes. Ce que sait d’ailleurs déjà assez bien faire notre actuel président, que je qualifie d’extrême centre, par exemple en n’ayant pas tenu compte du résultat des législatives de 2024. Un président et un gouvernement qui se passent souvent de l’Assemblée Nationale en gouvernant par décrets, qui s’essuient régulièrement les pieds sur toutes formes de contre-pouvoir, qui tapent, éborgnent, blessent les manifestants, même lorsqu’il y a des millions de personnes de toutes catégories sociales dans la rue, comme pour la réforme des retraites. Sans parler de la répression démesurée du mouvement gilets jaunes et des bavures dans les quartiers par une partie des forces de l'ordre, qui sont de moins en moins bien formées, qui jouissent d'une impunité chaque jour plus flagrante et qui parfois n'hésitent plus à afficher leurs convictions politiques. Avec cette décomplexion généralisée, tout est prêt pour accueillir l’extrême droite. Malgré l’honorabilité de façade actuelle en France, l’extrême droite c’est Trump, Poutine, Orban, Netanyahou. Voulons nous ça ? La haine et la discrimination n’ont jamais rendu personne heureux. À un an des élections, il serait temps d’éteindre nos télés, de couper nos réseaux sociaux, d’ouvrir des livres, de regarder autour de nous et de se parler, plutôt que de croire en tout ce qu’on nous raconte. 

Quelques citations du livre que j’ai aimé :

« Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte. Quand il montre le bout de son nez, on dit : c’est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser. »
Françoise Giroud

« Un mensonge peut faire le tour du monde le temps que la vérité mette ses chaussures. »
Mark Twain

« Ce qui permet à une dictature totalitaire ou à toute autre dictature de régner, c'est que les gens ne sont pas informés. Comment pouvez-vous avoir une opinion si vous n'êtes pas informé ? Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n'est pas que vous croyez ces mensonges mais que plus personne ne croit plus rien. [...] Et un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d'agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et l'on peut faire ce que l'on veut d'un tel peuple. »
Hannah Arendt



lundi 18 mai 2026

Mi Vuelta, d'Alain Bruzy

Petit coup de pub pour le livre d'Alain Bruzy : "Mi Vuelta, mon tour d'Espagne Vélo-Escalade". On peut l'obtenir en pré-commande pour 18 € (au lieu de 20 € à la parution). Pour cela, contacter l'auteur afin d'obtenir un bon de commande et le moyen de paiement.

mercredi 13 mai 2026

Palestine, une histoire

Ce documentaire en trois volets sur l'histoire de la Palestine, visible en replay sur France TV, m'a semblé incontournable. Surtout dans ce contexte où l'on voudrait nous faire croire que l'histoire du conflit a commencé par les horreurs sans nom du 7 octobre. Alors que les gouvernements israéliens et américains passent leur temps à violer le droit international. Alors que le gouvernement israélien continue à tuer des civils tous les jours au Liban et à Gaza, malgré les cessez-le-feu qui n'en ont que le nom. Alors que de nouveaux colons israéliens s'installent chaque jour en Cisjordanie, violant la loi de leur propre pays, tuant souvent, avec le soutien de leur armée. Sans que ça n'émeuve les gouvernements européens (à part l'Espagne, l'Irlande et la Slovénie qui ont eu le courage de prendre des positions claires, du moins sur le papier). Business as usual.



dimanche 10 mai 2026

Nouvelle voie au Vignemale sur l'Aiguille des Glaciers

Je relaye ici l'article de Montagnes Magazine au sujet d'une nouvelle voie de mixte sur l'Aiguille des Glaciers qui semble particulièrement intéressante et ouverte dernièrement par Corentin Roux et Luc Sio-Roussie. Le topo en cliquant ici

 

dimanche 3 mai 2026

Texte d'Alain Ghersen sur les accidents de l'hiver

J'ai aimé ce texte d'Alain Ghersen, paru dans le Dauphiné Libéré. Il concerne les risques que nous prenons en montagne, sans que cette dernière n'ai rien demandé, et comment sont perçus ces prises de risque. Le texte est en rapport avec les interventions dans la presse de certains guides auto-déclarés grands experts, se permettant de jeter la pierre (façon de parler) aux victimes d'accidents dramatiques.

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« La montagne n’est ni juste, ni injuste. Elle est dangereuse. » Par ces mots simples, l’alpiniste sud-tyrolien Reinhold Messner renonce définitivement à porter un regard superstitieux sur la montagne. Du haut de son expérience, l’une des plus complètes et des plus riches que compte l’histoire de l’alpinisme, il récuse à sa manière l’expression d’« alpe homicide » rencontrée ça et là dans la littérature alpine. En cas d’accident, le sentiment d’injustice qui peut être éprouvé est certes légitime ; mais étant exclusivement conditionné par la peine portée par les proches de l’accidenté, il reste subjectif. Malgré sa dangerosité, la montagne ne cherche ni le mal, ni pour autant le bien, de celui qui désire s’y aventurer. En outre, cette dangerosité n'existe pas vraiment en elle-même dans la mesure où elle ne prend effet qu’à partir du moment où un humain ose l’affronter. Dans cette rencontre entre l’homme et la montagne que représente l’alpinisme, seul l’alpiniste est animé d’intentions ; l’alpinisme, en tant que non-nécessité sociale, restant une « inutilité » (comme a voulu le remarquer Lionel Terray dans le titre de son récit autobiographique), l’intention première de tenter l’aventure reste une liberté individuelle.

Depuis que l’alpinisme existe, certains esprits mettent en doute le bien-fondé de cette liberté. Cette dernière dérange car elle contient dans son élan une acceptation des risques propres à la pratique de la montagne alors même que certains d’entre eux sont potentiellement mortels. Comme il n’existe pas de normes rationnellement définies pour distinguer l’audace de la prudence, les pratiquants eux-mêmes peuvent se diviser sur une prise de risque particulière. Et en général, le principe de liberté individuelle évoquée précédemment reprend le dessus, et chacun finit par admettre ses propres limites d’acceptation et se recentrer sur lui-même.  

Cet hiver, certains se sont sentis obligés de donner publiquement leur point de vue sur l’accidentalité des pratiquants de la montagne de ces derniers mois, en particulier celle des professionnels. Ils ont étrangement mélangé accidents d’alpinisme, accidents routiers, accidents de ski (avalanche), en invoquant un dénominateur commun, à savoir une culture du risque où règnerait une surenchère. Leur dénonciation regroupe pêle-mêle dans le même box des accusés, une vallée (Chamonix), une école de formation (ENSA), une héroïsation délétère, des silences coupables. Cet amalgame nébuleux, par lequel ils ont voulu révéler une sorte d’aliénation collective, a fini par déboucher sur une posture très moralisatrice qui passe à côté de la réalité. Déclarer a posteriori qu’un accident était évitable relève d’une certaine paresse intellectuelle et d’une immodestie patente. Comme on peut éviter uniquement ce que l’on parvient à prévoir, cela revient à dire que certains accidents étaient prévisibles. Or parler d’accident prévisible est une contradiction dans les termes, l’accidenté étant par définition toujours surpris par l’accident. En connaissant l’issue dramatique d’une histoire, il est facile de modifier virtuellement un ou plusieurs paramètres ayant contribué à ce que l’accident ait eu lieu. Mais ce type d’exercice de pensée nous apprend généralement que les choses se sont jouées à « pas grand-chose ». Et, à bien y réfléchir, ce « pas grand-chose » ineffable concerne non seulement tout un chacun mais aussi les histoires qui se terminent bien. Nier cette impossibilité de maîtrise totale de l’action, c’est avoir oublié, ou n’avoir jamais saisi, qu’évoluer en montagne consiste à s’adapter en permanence à un milieu instable, changeant, et pour une part imprévisible. Dès lors, chaque accident renvoie tout pratiquant à sa propre vulnérabilité, pour ne pas dire à sa faillibilité ; si on peut parfois en tirer des leçons, on ne peut en aucun cas en donner aux autres. Aucune prise de décision ne peut être considérée comme parfaite, même lorsque l’issue de l’entreprise est une réussite : ainsi le « héros d’un jour », pris comme tel dans certains imaginaires, peut devenir quelques temps après son héroïsation, « l’inconscient d’un autre jour. » En cas d’accident d’un expert, l’humilité induite par la réalité de la pratique impose des silences avant tout de pudeur. Un expert, c’est avant tout un pair ; à ce titre, la disparition de celui-ci, lorsqu’elle survient, réclame respect et absence de jugement.

L’ENSA a, depuis plus de vingt ans déjà, recentré son enseignement sur les spécificités qu’impose le métier de guide par rapport à l’alpinisme amateur. Chaque journée de formation est organisée avec la possibilité de plans alternatifs prenant en compte les contingences de la montagne d’une part, et de la clientèle d’autre part. On peut aussi mentionner les initiatives prises par certains organismes comme la compagnie des guides de Chamonix (qui assure des stages de formation pour les plus jeunes afin qu’ils évitent les erreurs les plus grossières) ou encore La Chamoniarde (qui propose des formations diverses et variées au tout venant).  

Malgré l’existence de ces formations, l’apprentissage de l’alpinisme ne peut se faire sans risques ; il doit donc s’inscrire dans une authentique culture du risque, en intégrant toute la complexité qu’implique cette notion. Plutôt que d’incriminer une culture du risque décrétée funeste, on pourrait à l’inverse s’interroger sur une absence de culture du risque dans le monde actuel, et ce à partir de deux phénomènes contemporains. Tout d’abord, dans un monde dominé par l’idéologie individualiste, un monde où les instances publiques - pour mieux légitimer leur pouvoir - s’attèlent à maintenir infantilisés des individus se complaisant dans cette infantilisation, peut-on encore développer une autonomie capable d’appréhender des situations d’incertitude où sa propre sécurité est en jeu ? Ensuite, et complémentairement, comment se constitue un imaginaire à partir de cette nouvelle agora que sont les réseaux sociaux ? Cet espace virtuel où le désir mimétique règne et passe essentiellement par l’image - représentation furtive et trompeuse de la réalité qui a la puissance de cacher tout ce qu’elle ne montre pas -, en quoi est-il un apport cognitif en termes de prise de décision pour affronter un milieu aussi complexe que la montagne ?

Le 27/04/2026
Alain GHERSEN
Guide de Haute Montagne
Auteur de « Risque et alpinisme » (Glénat, 2016)

 


 

samedi 18 avril 2026

Ski de randonnée entre Valpelline et Gressoney

Toujours énormément de plaisir à encadrer ce groupe de Pyrénéa Sport... Cette année nous avons fait une traversée entre les vallées de Valpelline et de Gressoney. Un compte-rendu en cliquant ci