lundi 3 octobre 2016

Traversée des Pyrénées en vélo

De la bicyclette pour changer, mais en montagne quand même avec un petit compte-rendu si cela peut rendre service à des amateurs. En fin d'article, des infos plus précises sur les étapes et logements.

C'était mi-septembre, j'ai pu traverser les Pyrénées en vélo de l'Atlantique à la Méditerranée par la route classique des cols.



En fait j'avais à l'origine pour projet de traverser la chaîne à pied, mais avec un doigt de pied cassé quelques semaines auparavant, c'était compromis. Me disant que je n'aurais peut-être pas mal en appuyant sur des pédales, j'ai ressorti mon vélo des années 80, laissé aux toiles d'araignées depuis dix ans, pour gravir Marie Blanque par le Bénou et voir un peu ce que fait ce sport : très mal aux fesses mais raisonnablement aux cuisses.

Je décide donc de partir dans trois jours mais il y a quand même un détail à régler, mon vélo vintage nécessite quelques réparations et les pièces sont devenues introuvables. J'en achète un d'occasion ainsi qu'un bon cuissard, des chaussures et des gants, chez Vélo d'Ossau à Arudy à 200 m de chez moi, dont les propriétaires sont très bons conseillers et passionnés. Merci encore.




Je choisis de partir le plus léger possible, en dormant le soir chez des amis, ou en gîtes et hôtels, sans parcours pré-établis et en réservant au dernier moment selon où je me trouve. J'opte donc pour un porte-bagage léger se fixant sur la selle et un sac étanche dans lequel j'ai un change pour le soir et une réserve de vivres énergétiques qui me conviennent bien, notamment des pâtes de fruit et d'amandes, du gâteau Linzertorte fait maison à la farine de sarrasin et des sortes de conglomérats aux dattes et noix (que je trouve aux ventas du Pourtalet).

Une petite sacoche de cadre permet de compléter pour ce qui doit être facilement accessible (petit matériel de réparation, etc). Un porte-téléphone étanche sur le guidon est bien utile pour regarder facilement sa route (avec iphigénie). Un petit compteur aussi pour flatter l'égo et s'auto-congratuler le soir d'avoir autant pédalé. Côté doping, puisque cela fait partie intégrante de cette activité il m'a semblé entendre dire, j'opte pour des granules homéopathiques Arnica Montana que je prends régulièrement toute la journée et un peu d'huile essentielle de Gaulthérie pour une petite douleur au genou qui apparait au deuxième jour. Egalement de la crème Nok pour se tanner les fesses le matin avant de partir et de la crème Homéoplasmine le soir pour adoucir tout ça. Du côté des pieds, j'ai opté pour des pédales et chaussures de VTT qui permettent de marcher normalement sans sur-épaisseur de cale et pour des chaussures Fivefingers le soir, confortables et peu encombrantes. Au final mon vélo et son bagage ressemblaient à ça :




Je quitte Socoa sous un soleil radieux qui laisse place au bout d'une heure à une pluie battante qui ne me quittera pas pendant deux jours, accompagnée d'une chute brutale des températures (il neige en altitude). Les cols au programme de ce premier jour passent assez bien, dont le fameux Burdincurucheta aux premières rampes forts raides. Le lendemain je repars de Logibar à Larrau directement sous la pluie. Tout ce que j'ai réussi à faire à peu près sécher dans la nuit est de nouveau trempe en une minute trente. Je me souviens particulièrement de la descente glaciale depuis la Pierre Saint Martin sous des rideaux de flotte et sans visibilité. Je crois que le berger avec qui j'ai discuté au col de Soudet s'est demandé si toutes les cases étaient bien en place chez moi. Arrivé en vallée d'Ossau assez tôt le deuxième jour, je jette l'éponge pour l'Aubisque car j'ai trop froid et rentre dormir chez moi à Iseste, en profitant pour faire une remise en état du vélo qui a bien souffert de l'humidité et grince de partout.



Météo 100% basque

Je quitte la vallée d'Ossau bien motivé par une météo annoncée très belle mais au final il n'en sera rien jusqu'à la fin. Je n'aurai plus de précipitations certes mais un ciel toujours couvert, épais et triste, avec des passages de cols souvent dans le brouillard et surtout des descentes très fraîches. Une vraie météo d'automne qui au moins permet d'être longtemps seul dans les cols, avec peu de circulation. Cette troisième journée me mène via l'Aubisque et un petit café chez Karine et Léon à Aucun, puis le Tourmalet et l'Aspin, près d'Arreau où Françoise et Jacques m'accueillent avec tout ce qu'il faut et un bon lit pour se retaper un peu.



Au Tourmalet

Parti plutôt dans un esprit vacances sans trop savoir combien de temps j'allais mettre, je me rends compte que j'arrive quand même à pédaler toute la journée, surtout parce que j'ai froid. Du coup, on ne se refait pas, je suis bête et méchant comme un sportif, je commence à me dire que cette traversée pourrait passer en 6 jours si je m'excite un peu. On ne peut pas dire que le vélo soit très fatiguant intellectuellement, en gros il faut réfléchir toute la journée à deux choses : soit je monte d'un pignon, ainsi je mouline et m'économise pour la suite, soit je descends d'un cran et comme ça je me mets en danseuse et j'ai plus mal aux fesses.

Le quatrième jour, le Peyresourde franchi sous l'unique heure de soleil de la semaine (j'exagère, il faisait beau aussi le dernier jour à partir de Prades), j'emprunte la belle série des cols sauvages du Couserans dans une ambiance un peu désolée qui au final me plait beaucoup, propice aux pensées qui vagabondent. Une mention spéciale pour le col de la Core dont j'ai adoré la régularité. Poussé par un regain de forme en fin d'après-midi, je file jusqu'à Aulus-les-Bains où je suis très bien accueilli par le gîte de La Goulue, juste à l'heure de mettre les pieds sous la table.




Le col d'Agnes et le port de Lers mettent directement dans l'ambiance au matin du cinquième jour, avec des pentes soutenues, des pâturages magnifiques aux troupeaux opulents de vaches qui font les beaux yeux, avant de plonger en Ariège. Petit café à Tarascon avec Bruno puis c'est la route des corniches qui commence, au-dessus de la vallée pour éviter la circulation. Ce sera finalement pour moi la section la plus dure de la semaine avec une certaine lassitude sur ces reliefs irréguliers. Je ne suis pas mécontent d'attaquer enfin les pentes du col de Marmare (en fait je crois que j'aime que les montées en vélo). Depuis le début de la traversée, j'avoue que, ciels couverts aidant, mon paysage ne change pas beaucoup : ma roue avant qui tourne, le bitume qui défile, et surtout, depuis les premières pentes du Pays Basque, 600 kilomètres d'inscriptions "Non aux Ours", "Morts aux Ecolos" et autres slogans qui doivent donner aux touristes qui nous visitent une sympathiques image de l'autochtone. On trouve cependant parfois des choses plus légères :




En découvrant la superbe descente derrière le col de Pailhères, une délicieuse exaltation m'envahit… C'est magnifique, l'horizon s'ouvrent, on dirait que là-bas les Pyrénées se mettent tranquillement à perdre de l'altitude, peut-être bien que demain je me baignerai dans de l'eau salée. Il me reste un peu de temps pour continuer après Mijanes mais aucun hébergement en vue avant Prades, je dois donc m'arrêter à l'hôtel du village où je suis gentiment accueilli, dans une ambiance d'un autre temps…



Descente sur Mijanes

Le matin du sixième jour est glacial, je suis en route un peu avant le lever du jour car il y a du chemin jusqu'à la plage. Encore une étape très jolie avec des cols en pente douce dans un paysage de forêts aux essences déjà méditerranéennes et cette fois enfin des températures agréables. Une longue et tranquille vallée au pied du Canigou permet de franchir le dernier col, Palomère, d'où la mer est cette fois visible. Il ne reste presque plus qu'à se laisser glisser jusqu'à Argelès, en essayant de ne pas tomber ni de se faire renverser par une voiture car là est quand même le crux du cyclisme.

Au final, cette traversée ce sont 800 km, une vingtaine de cols, un peu plus de 17000 m de dénivelé, des étapes de 90 à 160 km, autour de 8 heures de vélo par jour et personnellement beaucoup de plaisir à se retrouver un peu seul avec soi-même, laissant l'esprit s'évader, le corps gorgé d'endorphine. Une sérieuse envie de repartir en tout cas, j'ai été séduit par la simplicité de cette manière de voyager.

Merci à Hélène ma soeur et son compagnon Jean Pierre pour avoir ramené ma voiture depuis Socoa et à mes parents qui étaient en vacances dans le coin pour avoir récupéré mon vélo à Argelès-sur-Mer quelques jours après mon arrivée (je suis rentré en co-voiturage).
Je remercie moins, mais il m'est souvent arrivé de faire comme eux, tous ceux qui doublent en face en passant à 20 cm des cyclistes, les motos et 4X4 en bande qui redémarrent dix mètres devant afin de nous gratifier de leur délicieuse odeur d'échappements, les rallyes de vieilles voitures de course qui monopolisent la chaussée au point même d'y répandre leur essence avec des moteurs déréglés.





Pour les amateurs, des détails plus précis sur les étapes :

Jour 1 :

Socoa – Col de St Ignace – Dantxaria – Col d’Otxondo – Col d’Ispéguy – St Jean Pied de Port – Col de Burdincurutcheta – Col d’Iraty – Larrau

Hébergement : gîte Logibar
Distance : 127 km
Dénivelé : 2550 m

Jour 2 :

Larrau – Col de Soudet (La Pierre St Martin) – Arette – Escot – Col de Marie Blanque – Arudy

Hébergement : chez moi à Arudy
Distance : 93 km
Dénivelé : 2060 m

Jour 3 :

Arudy – Col d’Aubisque – Col du Soulor – St Savin – Col du Tourmalet – Ste Marie de Campan – Col d’Aspin – Cazaux Debat (proche d’Arreau)

Hébergement : chez des amis à Cazaux Debat
Distance : 145 km
Dénivelé : 3720 m

Jour 4 :

Cazaux Debat (proche d’Arreau) – Col de Peyresourde – Bagnères de Luchon – St Béat – Col de Menté – Col de Portet d’Aspet – Castillon en Couserans – Col de la Core – Seix – Col de Latrape – Aulus-les-Bains

Hébergement : gîte La Goulue
Distance : 148 km
Dénivelé : 3620 m

Jour 5 :

Aulus-les-Bains – Col d’Agnes – Port de Lers – Tarascon – Bompas – Axiat (Route des Corniches) – Col de Marmare – Col de Chioula – Ascou – Col de Pailhères – Mijanes

Hébergement : hôtel Le Relais de Mijanes
Distance : 122 km
Dénivelé : 3300 m

Jour 6 :

Mijanes – Château d’Usson – Col des Moulis - Col de Garabeil – Roquefort de Sault – Col de Jau – Prades – Finestret – Col Palomère – Col Fourtou – Oms – Col de Llauro – Ceret – Argelès-sur-Mer

Hébergement : hôtel Acajou
Distance : 166 km
Dénivelé : 2070 m


Total kms : 801
Total dénivelé : 17320 m






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